Carmina et caetera

I decided that I would write one story about each thing that I knew about.

Ernest Hemingway, A moveable Feast

Après la Bataille des Brian, des milliers de spectateurs et des millions de téléspectateurs attendent le Combat des Carmensur la glace de Calgary en ce 27 février 1988. 

Entourée de gratte-ciel de verre, l’arène elliptique de béton glacial s’apprête à s’enflammer. Le Saddledome sera Séville. 

L’entrée en piste des athlètes, belles bêtes humaines, suscite une vague de clameurs. Elles ne défilent pas, elles fusent. A l’annonce de leur nom et de leur pays, les applaudissements et les cris redoublent mais elles ne relèvent même pas la tête. Le taureau qu’elles auront à maîtriser, c’est leurs triples. La technique en est si précise que le moindre mouvement démillimétré peut signifier la chute, la défaite. Être fatal.

Les deux femmes dont tout le monde parle ont été érigées en combat de symboles qui les dépassent : Katarina Witt défend son titre de championne olympique acquis avec l’appui contraignant de toute la nomenklatura est-allemande. Sa beauté, son allure, son sourire, sa sexytude sont comme la prémonition du changement. Elle survole les lourdeurs étatiques, charme l’audience et les juges, explose la glace, les records et les limites comme ses formes débordent de ses tenues en lycra, toujours habit de lumière. 

Debi Thomas, première championne du monde noire dans ce monde de glace et de blanc, incarne la gagne made in U.S.A. Son arène est plutôt un ring, elle se rend au combat, elle veut dérouler la machine, délivrer une performance. Doute et vulnérabilité sont tabou, la confiance en soi est tout. Invincible est son mantra.

Oiseaux rebelles, Kati et Debi se retrouvent au coude à coude. Rivales. Deux femmes prêtes à être jetées en pâture à la foule qui les acclamera bruyamment ou les huera intérieurement. Ce sera le programme de leur vie, quatre minutes décisives, fractions de seconde desquelles dépend un destin. 

Elles se sont entraînées dur. Toute leur enfance a passé en figures imposées dès l’aube et en voltes répétées inlassablement. Une amplitude, une rapidité et une propreté d’exécution exponentielles les ont amenées au plus haut niveau en dépit de pieds en sang et de talons d’Achille toujours au bord de la rupture dans les rigides bottines blanches aux lames d’acier. Matière malléable entre les mains d’un entraîneur qu’elles voient bien davantage que père et mère, elles sont drillées et formatées pour éclore. La sévérité stakhanoviste de Frau Müller et le high five de Mr. MacGowan cachent les mêmes années d’abnégation, la même main de fer des deux côtés du rideau. A l’Est comme à l’Ouest, la victoire est le seul horizon.

Elles l’ont voulu, jeunes filles, astreindre leur corps à cette discipline, et seraient sans doute parvenues au sommet dans le système de l’autre. Le plaisir renouvelé de la réussite – de la perfection de la courbe, du glissé de la carre, d’un atterrissage aérien, de la médaille comme une cerise –  était trop grand. Tout leur amour, toute leur passion, passait dans le patinage artistique. Soumises à des règles draconiennes et au jugement impitoyable des notes, elles peuvent néanmoins s’exprimer dans ce sport comme nulle part ailleurs, apprenant la maîtrise du geste et des apparences, à viser le dépassement de soi, à faire vibrer et vriller leur corps en musique pour laisser libre cours aux émotions. Elles dompteraient leur Minotaure intérieur.

Elles sont enfin leur propre créature et leur propre création dans l’arène. Leur présence irradie au-delà de tout cliché. Comme toute vedette adulée par les foules, elles ont leur surnom. Le plus beau visage du socialisme contre la panthère noire ? Leur mystère propre ne s’y laisse pas réduire. Carmen veut séduire. Et dominer.

Par un hasard pas si incroyable que ça au vu de la popularité de ses mélodies, elles ont toutes les deux choisi la musique de George Bizet pour leur saison olympique. A powerful music for a powerful woman, commentera Debi Thomas. Flirtatious…, seductive… seront les adjectifs employés par Katarina Witt. En évoquant le personnage de Carmen, elles parlent d’elles-mêmes. La puissance contre la séduction. Beauté de la force contre force de la beauté. Joueront-elles le toréador sur l’air du même nom ou son amoureuse ? Maintenant, c’est à elles. 

Le sort a choisi Katarina. Elle a maintenu ses nerfs par couches de maquillage superposées. Son regard est noir et chargé, sa bouche est rouge, d’une couleur cerise écrasée. Sa robe à volants noirs et à sequins en gouttes ruisselle sur ses muscles bandés. Elle se place, elle attend. Le silence se fait, elle respire. La solitude est extrême avant la première note. Religieuse.

Son programme est construit en trois temps : la technique, la séduction, la mort. Elle sait qu’elle doit envoyer les difficultés avec assurance, ne montrer aucune faille. La première minute s’écoule, puissante, parfaite. Puis, la célèbre habanera. Œillades, attitudes. Les doigts dansent sur ses mains. Elle attire les regards, met les souffles en suspension. Une frayeur : le triple boucle seulement doublé saisit tout le monde au ventre. Cela suffira-t-il ? Accélération, petits pas de cavale, enchaînement triple salchow-piqué-double flip. Les mouvements claquent de son corps de castagnette. 

Survient la mise à mort. Inévitable, elle est attendue. Dramaturgie de la dague qui pénètre et des affaissements successifs. Sursaut de survie dans un grand aigle splendide. Un dernier envol. Saccades. Rotations finales. Scéniquement morte. 

L’animale Allemande est allongée, le public rugit. Le triomphe est mesuré. Il attend la prochaine estocade.

You’re an American ! You’re the best ! This is your moment !

Autodéterminée à son corps défendant, Debi Thomas prend la glace. A cet instant précis you’re not ready la transperce. Elle chasse cette pensée par your body will just do it. Elle abandonne les rênes à son corps brun qu’elle a si souvent dompté. Aspirant à la fois à être unique et à rentrer dans le rang, elle a intégré que le corset de rhinosplasties, de cheveux lissés et de ballet classique était nécessaire à appliquer sur sa tonicité et sa flamboyance. Sa glisse coupe et fend comme un dard, ses prouesses sportives surpassent ses concurrentes. Elle est la seule de sa génération à réaliser des combinaisons triple-triple. Elle va y arriver.

Elle prend son élan, le premier jaillit, le deuxième part… et c’est l’hésitation, elle trébuche. Son regard se vitre, cherche désespérément à se raccrocher à une aide quelconque, mais ne reprend pas le dessus. Les trois minutes les plus longues de sa vie s’égrènent dans une lente agonie. Elle se regarde patiner comme dans un mauvais rêve. La conquête, la résistance, la liberté, tout est oublié. Elle subit son programme jusqu’au bout. Comme une litanie, elle ne peut articuler que I’m sorry. Vaincue, son rêve de gloire brisé, elle apparaît apathique sur le podium, absente à elle-même. Elle éprouve la strangulation du bronze à son cou à côté de la souveraine Katarina couverte de fleurs et d’or.

Elles avaient à peine plus de vingt ans. Que devient-on après la fulgurance de l’instant de vérité ? Seraient-elles déterminées à vie d’avoir choisi d’incarner Carmen, victime d’un cruel féminicide dont elles avaient ressenti chaque soubresaut, ce meurtre muet en marge de la mort acclamée d’un taureau ? Seraient-elles constamment tiraillées entre leur désir de liberté et la possessivité des hommes ? Entre la promesse d’une vie rangée et les illusions de tout ce qui brille? Entre se reposer sur leurs lauriers éphémères et se réaliser encore ? Seraient-elles toujours objet au regard d’un régime politique, d’un rêve de l’entourage, de leur propre rêve, les victimes sacrificielles des masses sur l’autel de la ferveur ? Ou parviendraient-elles à façonner leur destin sur la durée, que cet achèvement ne soit pas déjà une fin ?

Il y a encore eu les Championnats du monde quelques semaines plus tard. La dominante, qui avait ardemment souhaité la chute de l’autre, ne parvenant pas à refouler l’indécent tombe ! tombe ! tombe ! dans sa tête tout en mesurant qu’un duel n’avait de saveur qu’avec une concurrente à sa hauteur, sentait que leur rivalité constituait un lien indéfectible. Le résultat à Ottawa a été le même et le fragile équilibre de fair-play et de bienséance rétabli dans une embrassade rédemptrice. Mais après ? 

Rétrospectivement, leur histoire est étrange et âpre. Il a longtemps semblé qu’elles ne pourraient jamais échapper à leur pression intérieure et aux projecteurs sur elles. 

Debi Thomas, qui menait de front des études de médecine dans une université prestigieuse et sa carrière olympique, est devenue chirurgienne orthopédique. Déjà petite, se bricolant un costume de calculatrice vivante, elle se voyait docteure, chercheuse, ingénieure, astronaute. Malgré ses facultés hors norme, elle restait sur la défensive, comme si elle devait justifier ses succès, d’être là et qui elle était. Entre autodévalorisation et témérité, elle avait pris pour habitude de dire qu’elle était trop stupide pour savoir ce qui était impossible, que ses rêves étaient risiblement grands, et pourtant la moitié du temps, ils se réalisaient. Dotée à la fois d’un QI et d’un corps fabuleux, elle ne reculait pas devant le risque de l’échec. Mais c’était comme si personne ne pouvait plus la voir autrement que la mauvaise perdante et c’est dans le regard des autres qu’elle s’est perdue. 

De son côté, Katarina Witt est devenue une diva : tournées aux Etats-Unis, publicités lucratives, production de ses propres shows, hommes à ses pieds, y compris les deux Brian dans les rôles de Don José et d’Escamillo pour le tournage du film récompensé Carmen on Ice. Elle a dépassé le système qui l’a érigée, lui a échappé. 

Le coup de balancier est venu, le public aimant écraser ce qu’il a adulé. 

De retour à Berlin, elle est conspuée. Le symbole de liberté est traité de chèvre rouge. Elle est soupçonnée de délation, de dopage. L’ouverture de son dossier de la stasi révèle trois mille pages. Depuis l’âge de huit ans, elle a été fichée, contrôlée, espionnée, souvent par des proches. Son petit ami a été sciemment éloigné pour ne pas perturber ses entraînements. Ses fluctuations de poids étaient affaire d’état. 

Elle a tout ramassé et n’y a pas regardé, laissant à un ghost writer le soin d’en faire un livre. Elle a continué sa route, encensée à New York ou à Chicago. Elle n’a plus besoin de triples sauts, elle est la star que le public veut voir, parfois jusqu’à l’extrême. Harcelée, elle est allée au bout de la démarche judiciaire et a transformé le traumatisme en téléfilm. Exit, L’Ennemi dans ma vie. Elle n’est pas de celles que l’adversité abat. Elle s’affirme. Toujours. Elle est maîtresse de son corps, pose décomplexée pour Playboy. Elle est maîtresse de sa voix, ses commentaires sportifs s’arrachent. Elle est maîtresse de ce qu’elle a toujours voulu faire : patiner, danser, jouer la comédie. Les hommes ? S’ils essaient de la changer, de l’assagir, de la fixer, elle passera au suivant. Elle est toujours Carmen.

Ailleurs, Debi Thomas a perdu sa fortune, son droit d’exercer la médecine et la garde de son fils. Les médias se sont rués sur la déchéance de cette ancienne médaillée olympique vivant dans une caravane infestée de punaises de lit avec son compagnon enclin aux violences domestiques. Au plus bas, elle a sollicité Oprah Winfrey et érigé un GoFundMe. De mauvais placements, des troubles bipolaires, sont venus enrayer la machine à gagner. Le marché de la réalité-spectacle s’en délecte. Les commentaires oscillent entre admiration passée et affliction présente. Ou au contraire de multitudes de pouces vers le bas. Pas de pitié pour les filles de Prométhée. 

Elles ont désormais passé la cinquantaine. Quel point commun reste-t-il entre elles après  les impacts disruptifs des banderilles du destin ? 

Elles ont mis un terme à l’acharnement. Elles ont lâché prise. Au moins un peu. Elles ont desserré les dents, abandonné la quête obstinée de perfectionnisme, la rage du contrôle. Loslassen est le nouveau mot-clé, une découverte de milieu de vie. Katarina Witt rayonne encore sur les couvertures de magazines. On l’interroge inlassablement sur la peur de vieillir. Elle ne renie pas quelques rides et rit que la glace conserve. Elle sait qu’elle s’en sortira toujours par une pirouette. Les questions réductrices et le temps n’ont pas prise sur elle.

Sur une des plus rares et récentes photos de Debi Thomas, l’objectif l’a saisie vêtue de rouge dans le paysage hivernal de sa région désolée. Les bras écartés, elle renverse la tête comme pour en savourer les flocons. Elle aurait dit I’m free. Puis elle a ajouté : Don’t you get it ?

Aux dernières nouvelles, elle remonterait la pente.

Pour toutes les petites filles de l’autre côté de l’Atlantique qui se sont levées au milieu de la nuit des étoiles plein les yeux pour admirer leurs idoles, les deux Carmen représentaient des modèles permanents, des références inaliénables et indétrônables. Les images de victoire et de défaite semblaient contenir toute la vérité du monde. Elles ne pouvaient pas savoir que le Combat des Carmen dans l’arène canadienne n’était que le prisme de leurs féminités et de leurs luttes.

Leur vérité s’échappe. Elle mute. Elle est ailleurs. Ni tout à fait la même, ni tout à fait une autre. L’expérience le leur apprendrait. 

Hemingway n’a jamais pensé qu’aux épreuves des hommes. Mais s’il avait assisté à ce spectacle là, s’il avait eu vent de leur destinée, s’il avait pu imaginer les batailles auxquelles elles se sont livrées pour se trouver, il aurait peut-être écrit: « Une femme, ça peut être vaincu. Mais pas détruit. »

© Nys Vanessa, 2020

Émancipation durable

À l’aune des prises de parole de Judith Godrèche, j’ai revu Bimboland (1998). L’actrice est née à ma conscience cinématographique dans cette persona de Cécile Bussy/Brigitte. J’ignorais jusqu’à l’existence de ses films d’avant, appartenant à toute une époque de films français que j’ai toujours ressentis comme masturbatoires, lents, chiants. Je veux bien être détrompée.

Vu d’hier et d’aujourd’hui, Bimboland a assurément quelques « problèmes »: son titre débile, le traitement caricatural de l’ethnologie, l’affreux casting de Gérard Depardieu dans le rôle du directeur de thèse – n’est pas le Professeur Jean-Michel Adam qui veut. Mais cette comédie livre une version fascinante et libre de ce qu’était « être une jeune femme » en 1998 – avant même Paris Hilton et le bling Y2K – qui lutte et s’en sort la main haute et la fesse joyeuse face à une domination masculine faite d’aveuglement, de bêtise et de laideur. Entre les filiformes croqueuses de diamants et les gras amateurs de chair fraîche, comment être « belle, intelligente et désirante » sans être objectifiée et silenciée à des cases prêtées aux femmes est l’enjeu principal.

Judith Godrèche et Aure Atika, magnifiques et sorores, tournent en ridicule l’agresseur, le profiteur, le chirurgien esthétique. À la fin, « l’amour » est sauf, c’était convenu, c’est le genre. Qu’y a-t-il après? Bimboland n’a pas la prétention d’y répondre. Toujours est-il que c’est le #mostunderratedfilmever. Les critiques devaient être des hommes.

NB: pour les questions actuelles et essentielles, je renvoie à la série Icon of French Cinema (Arte) aux interviews de Judith Godrèche et aux analyses de Hélène Frappat.

Gaumont

Rien ne serait arrivé si…

Rien ne serait arrivé si je n’avais pas changé de coiffeur. 

Avec le temps, un salon devient une fidélité : après la première coupe au carré et le passage obligé de la permanente ratée, je m’étais attachée à la coiffeuse de ma mère qui m’avait éclairci quelques mèches, puis à celle de Georges, mon ex. Elle platinait mes racines ; il contrôlait mon poids, mes longueurs, mes fréquentations. Il n’avait confiance qu’en Katia qui lui égalisait sa coupe en brosse ; elle était fiancée, pas dangereuse. Pas comme Giuseppe, qui séduisait toutes ces dames en brushing classique, ni même Cristobal chez Dessange, auquel les modeuses confiaient trop rapidement leurs peines de cœur et leur tête asymétrique. On n’était jamais trop prudent. Un homme reste un homme. 

Quant à moi, je dansais, je courais, je survivais. 

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« La Fin de l’Avent », dans « Le Noël de tous les plaisirs »

Ce 10 novembre, jour où Le Temps titre Pourquoi prépare-t-on Noël de plus en plus tôt?, Falling for Christmas, est tombé sur Netflix avec son kitsch régressif et clinquant.

Parallèlement, « Le Noël de tous les plaisirs » a paru aux Éditions La Musardine. Ma nouvelle s’appelle La Fin de l’Avent et raconte un dîner en ville aux conséquences inattendues, le Noël des uns n’étant pas celui des autres.

C’est ma cinquième publication dans la série Osez 20 histoires. Des histoires peut-être moins convenues que des romcoms, moins convenables assurément.

« Trouble Transe », dans « 20 histoires de sexe sans lendemain » / « Je reviens toujours », finaliste du Prix de la Nouvelle érotique

Osez 20 Histoires, éditions La Musardine

« Trouble transe » , ma quatrième nouvelle publiée aux éditions La Musardine, s’inscrit dans un monde pré-covid de grandes manifestions, de soirées et de fêtes improbables. Je ne suis pas la seule à évoquer un personnage à la chevelure rousse dans ce recueil, qui, selon le choix éditorial en vigueur, met en exergue des écritures et des sensibilités variées. La couverture très stylisée semble suggérer ces potentialités fantasmatiques… Lire la suite

« Rageusement », nouvelle

IMG_8798« L’inspiration! Si je crois à l’inspiration? Mais bien sûr! Je crois que tous les hommes sont inspirés. Ça s’appelle intuition. Ça s’appelle tentation. Ça dépend de la personne qui inspire ». Vincent La Soudière

Le temps de confinement est aussi un temps d’expérimentation, de liberté sous contrainte imposée par la vie. Sur cette vidéo YouTube, je lis ma nouvelle « Rageusement« , précédée d’une introduction de Stéphanie Pahud. Déclenchée par la sensation de reconnaissance émise par l’oeuvre « C’est à la Nuit de briser la nuit » de Vincent La Soudière (1939-1993), notre alliance amicale a donné lieu à une co-création chairissante autour des mots, du corps et des coeurs. Avec les interventions de Dalida et de Cyrano de Bergerac. Lire la suite

Karl Lagerfeld, la mise en abyme de soi

Les livres qui nous arrivent entre les mains y sont généralement pour une raison. La biographie « Kaiser Karl », signée Raphaëlle Bacqué, est un cadeau paternel trouvé sous le sapin. Mon ascendance de ce côté est de Hambourg. Comme celle de KL. Il y a là des traits de caractère et une lignée éducative éprouvée. La distanciation d’avec l’Allemagne d’alors, le goût de la provocation, le déni de la faiblesse, cette faute de goût. L’attirance pour le beau, la culture française, la rapidité d’esprit – et le travail érigé en valeur absolue. « Je suis un calviniste attiré par le superficiel ». La capacité d’absorption de Karl Lagerfeld est à la hauteur de la discipline qu’il s’impose. Une explication de la longévité de son succès est de n’avoir jamais sombré dans la nostalgie d’anciens régimes et de gloires datées. « Je javellise mon passé ». Il possède au contraire une furieuse envie toujours renouvelée d’adaptation à l’air du temps. « Le changement est la façon la plus saine de survivre. » Lire la suite

Cinéma: Feel better ou presque

lastchristmas-700x350Tout ne va pas toujours mal. L’arrivée de Noël ravive tous les espoirs, également au cinéma. C’est le temps des Feel good movies. Dans La Belle Epoque, Nicolas Bedos met à la fois tout son amour et son regard critique dans l’histoire d’un homme vieillissant et désaimé dans un monde qu’il ne comprend plus. Son fils lui organise un voyage dans le temps, une recherche du temps et de l’amour perdu. Ce n’est pas de la science-fiction, c’est un jeu d’acteurs bien scénarisé qui le transporte au moment magique de la première rencontre avec celle qui sera la femme de sa vie. Les personnages du film portent l’empreinte du couple parental Bedos et du propre rapport complexe du fils à l’amour et à la création. C’est un film ode à l’amour qui se recrée toujours avec liberté. Lire la suite

« Montreux-Majorque », dans « 20 histoires de plans à trois »

IMG_3715L’ouvrage est sorti le 21 septembre 2017 aux Editions La Musardine et c’est le deuxième Osez 20 Histoires dans lequel l’une de mes nouvelles a été retenues. Je découvre mes co-auteurs qui sont représentatifs de différents styles et sensibilités. Certains revendiquent un style simple et direct, d’autres apportent beaucoup de soin à la mise en place du récit et à sa cohérence narrative. On y trouve des plans à trois romantiques alors que d’autres sont  sordides. Mais le critère de réussite d’une nouvelle érotique est avant tout performatif: le corps réagit-il ou pas? Voilà l’essentiel.

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