La beauté et la vérité selon Clint

En recherche pour un nouveau sujet d’écriture, mon pygmalion personnel m’a signalé l’existence d’un film de Clint Eastwood pouvant m’éclairer. Il n’était plus sûr du titre, quelque chose avec « jardin » et « secret ». Pensant avoir trouvé avec « Minuit dans le jardin du bien et du mal » (1997), je me suis vite rendu compte que ce n’était pas ce que je cherchais : c’est l’histoire d’un journaliste (John Cusak) invité à Savannah couvrir la somptueuse fête de Noël d’un richissime amateur de beaux objets (Kevin Spacey). Au cours de la soirée, il tue son jeune amant rebelle (Jude Law) et il va s’agir du procès pour rétablir vérité dans un milieu où elle ne veut pas être vue. La nostalgie du Sud, le souci du détail des milieux et des intérieurs bon chic bon genre jusqu’au ridicule, qu’ils soient blancs ou noirs, contrastent avec les exclus et parias en tout genre qui occupent la ville, les parcs, les cimetières, l’espace du dehors.

Clint Eastwood semble avoir été particulièrement fasciné par The Lady Chablis, figure transgenre locale, qui joue son propre rôle. Elle accapare la lumière, la caméra de Clint, le regard de tous les personnages. Avant la médiatisation qui popularise tout mode d’être différent, Clint Eastwood a su mettre en scène sa beauté bizarre, sans la ridiculiser, sans la juger. Le jazz qui rend hommage au compositeur de Savannah Johnny Mercer ajoute une dimension sensorielle au film ambigu qu’est « Minuit dans le jardin du bien et du mal » qui se termine sur l’image d’une statue de petite fille portant deux plateaux sur fond de jardin. C’est l’ironie de la justice. Et celle du grand Clint.

Mais le film dont j’avais besoin, c’est « Les pleins Pouvoirs » (1997). Clint Eastwood y incarne un voleur de génie à la Arsène Lupin qui, en plein vol de bijoux et de diamants dans un somptueux manoir, surprend le meurtre d’une femme à travers un miroir sans tain donnant sur la chambre à coucher. Il s’avère que le meurtrier n’est autre qu’un président des Etats-Unis sans scrupules et que le personnage de Clint Eastwood va avoir fort à faire avec les hautes sphères du pouvoir qui vont tout mettre en œuvre pour maquiller la vérité. A l’opportunisme, à la corruption et à la violence absolue, il oppose son amour sincère pour l’art et sa fille menacée. C’est le type même du bandit au grand cœur.

Pour mes collègues auteurs qui réfléchissent peut-être à ce thème en ce moment, le candaulisme y est évoqué comme une défaite de l’amour. Le fantasme érotique prometteur prend la tournure inverse du mythe grec.

Fan de Clint Eastwood depuis l’enfance, « Le Bon, la Brute et le Truand » et ses répliques cultes, j’ai aimé voir dans l’œil du cow-boy solitaire et des personnages qu’il crée une quête fertile, foisonnante et parfois obsessionnelle de l’art et de la beauté, avec la conclusion que ce n’est rien sans une part d’humanité.

 

 

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