Critique de film : M. et Mme Adelman

Monsieur-et-Madame-Adelman-la-critique.jpgOn savait que Nicolas Bedos était beau. Qu’il agaçait parfois. Mais il est surtout une incarnation du surdoué, capable de sentir et de syncrétiser en un film plusieurs décennies de la vie d’un couple et d’une époque, d’un couple dans ses époques, en y intégrant les visions multiples de l’écrivain ambitieux, de l’artiste maudit, de l’homme génial et ravagé, de l’homme à travers tous ses états, fils, amant, mari, père. Et de la femme.

Son personnage Victor, comme probablement lui-même, a un talent qui le magnifie et le détruit et Sarah (Dora Tillier) va l’accompagner, lutter, vivre avec lui, pour lui, à travers lui pendant quarante-cinq ans. Après la mort de Victor, c’est elle qui raconte leur parcours à un journaliste dans un flash-back qui déclenche la narration et au cours duquel on oublie souvent que le point de vue est le sien, que le discours est orienté.

Au cours de cette liaison et de cette vie d’artiste, le spectateur est confronté à tous les hauts et les bas, les débuts et les fins, les arrêts, les reprises, les soubresauts, à la fois de l’amour, des relations familiales, de la culture et de sa transmission et de la création. Les références arrivent pêle-mêle, Woody Allen et la psychanalyse, Doris Lessing et l’enfant raté, Philip Roth et l’homme vieillissant ainsi que tous les auteurs qui ont tenté de saisir l’éducation et la vie sentimentale.

Les apparences ne sont pas ce qu’elles sont et pour survivre dans un milieu sclérosé et se trouver – à la fois eux-mêmes et l’un l’autre – les Adelman recourent à un double travestissement par le choix du nom d’auteur Victor Adelman : lui, celui de la judaïté pour pouvoir s’inscrire dans la tradition d’une culture de l’écrit, du génie, de la souffrance et du rire à la Cohen, Perec et Roth, et elle – tout en restant dans l’ombre – sublime son personnage de femme amoureuse en écrivain, en homme qui écrit. Le masque est double et leur couple est hybride, à quatre mains, à pièces rapportées.

On retiendra de ce film le rythme, la drôlerie corrosive, le jeu de métamorphoses des acteurs (d’elle surtout, lumineuse et magistrale), la distanciation ironique avec toute forme de tragédie et surtout la dernière phrase : N’en déplaise à certains, on rencontre parfois l’amour irréversible.

« M. et Mme Adelman », réalisateur: Nicolas Bedos, sorti le 8 mars 2017

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s