Dernières publications: mes textes dans « Troubles dans le beau » (Slatkine, 2024) et «Pas de langue de bois! » (Favre, 2023)

Stéphanie Pahud, linguiste créative, a le don de fédérer des alchimies et d’aller au bout de ses rêves, projets et promesses. La polyvalence de sa curiosité et ses compétences effervescentes ont produit un ouvrage sur les différentes « langues françaises » qui se côtoient, se recoupent, s’entrechoquent au bonheur de ses utilisateurs. Coécrit avec Pascal Singy, « Pas de langue de bois! – nouvelles orthographes, néologismes, parlers identitaires… – le français dans tous ses états et débats » fait la part belle à l’appropriation des codes pour mieux en jouer, à se laisser surprendre par de nouveaux mots sans qu’ils deviennent nouveaux dogmes, à accepter le mouvement émancipatoire de la langue dans sa continuité historique. Parmi les contributions, vous trouverez ma « Lettre à la langue française » écrite en ma qualité d’enseignante de français, ainsi que celle d’un ancien élève, 14 ans à l’époque, que j’ai enjoint à l’exercice quand il était en 10e, et dont le texte a été jugé suffisamment beau, foisonnant et pertinent pour être publié à côté d’écrivains et de spécialistes. 

L’éducation à la beauté est la pierre angulaire de laquelle découlent tous les autres aspects d’une école inclusive. La beauté donne du sens. L’aspiration à la beauté donne de l’énergie. C’est le propos de mon deuxième article, publié une première fois dans la série d’été du journal Le Temps où Stéphanie Pahud interrogeait déjà les facettes du beau, leurs revers et leur réversibilité. Regroupés et étoffés, ces textes exposent et interrogent l’humanité des chocs esthétiques. Les normes existent et les vulnérabilités vivent. « Troubles dans le Beau » tente d’appréhender leurs possibilités de fusion et d’éclatement. Le « trouble » est comparable à celui du regard plongeant dans un kaléidoscope au flou en fixation, dont l’apparition suivante et saisissante entraîne des émerveillements inattendus et renouvelés. La joie de jouer, avec la langue, avec la sensation de beauté, est au cœur d’une éducation qui fonctionne pour tous, à tous les niveaux. C’est en cherchant, en tâtonnant, en projetant autour de ces notions qu’on réussit – parfois – à avancer par enjambées de pépites. C’est par confrontation aux plus belles langues, aux plus belles œuvres, et à l’occasion d’en créer de nouvelles, ne serait-ce que la sienne propre, qu’une identité heureuse au sein d’une collectivité peut émerger. L’école inclusive sera exclusive ou ne sera pas. 

Pas de langue de bois! – Éditions Favre

Troubles dans le beau – Slatkine

https://www.letemps.ch/opinions/debats/la-beaute-devant-soi

Émancipation durable

À l’aune des prises de parole de Judith Godrèche, j’ai revu Bimboland (1998). L’actrice est née à ma conscience cinématographique dans cette persona de Cécile Bussy/Brigitte. J’ignorais jusqu’à l’existence de ses films d’avant, appartenant à toute une époque de films français que j’ai toujours ressentis comme masturbatoires, lents, chiants. Je veux bien être détrompée.

Vu d’hier et d’aujourd’hui, Bimboland a assurément quelques « problèmes »: son titre débile, le traitement caricatural de l’ethnologie, l’affreux casting de Gérard Depardieu dans le rôle du directeur de thèse – n’est pas le Professeur Jean-Michel Adam qui veut. Mais cette comédie livre une version fascinante et libre de ce qu’était « être une jeune femme » en 1998 – avant même Paris Hilton et le bling Y2K – qui lutte et s’en sort la main haute et la fesse joyeuse face à une domination masculine faite d’aveuglement, de bêtise et de laideur. Entre les filiformes croqueuses de diamants et les gras amateurs de chair fraîche, comment être « belle, intelligente et désirante » sans être objectifiée et silenciée à des cases prêtées aux femmes est l’enjeu principal.

Judith Godrèche et Aure Atika, magnifiques et sorores, tournent en ridicule l’agresseur, le profiteur, le chirurgien esthétique. À la fin, « l’amour » est sauf, c’était convenu, c’est le genre. Qu’y a-t-il après? Bimboland n’a pas la prétention d’y répondre. Toujours est-il que c’est le #mostunderratedfilmever. Les critiques devaient être des hommes.

NB: pour les questions actuelles et essentielles, je renvoie à la série Icon of French Cinema (Arte) aux interviews de Judith Godrèche et aux analyses de Hélène Frappat.

Gaumont

Le Gâteau aux carottes

Pendant plus de trois décennies, le soir du 25 novembre, la figure maternelle faisait un gâteau. Sans doute était-elle rentrée du travail, exténuée par l’indiscipline des apprentis ou les exigences de l’industrie musicale. Probablement avait-elle tenu un quelconque rituel, veillé aux attentes de chacun, préparé à souper, fait la conversation et la vaisselle, rangé, embrassé. La petite fille pouvait aller dormir, bien qu’intranquille à la veille de son anniversaire. Quelles surprises l’attendaient ? Dès son réveil, elle pourrait courir au salon et, là, au milieu de quelques cadeaux précieusement emballés, il trônerait dans son épais manteau blanc : le gâteau. 

Lire la suite

Là haut

img_6085Les hauteurs enneigées fleurissent sur nos pages avec les Oh que c’est beau ! qui les accompagnent. Sont éludés les files d’attente, les vestes fluo, la frite ketchup et les bouchons du retour. La montagne, ça vous gagne parfois, ça gagne beaucoup, mais il y a toujours quelque chose à gagner à sentir un air plus pur sur sa peau, un éblouissement plus fort dans ses yeux, une netteté de contrastes plus intense entre la terre et le ciel. La foule y accourt, nos amis aussi, nous aussi, émerveillés par la conjonction si attendue de la neige et du soleil et la joie grisante de la vitesse à tout âge. 
Lire la suite

« Motherlove, maladie, mort » – pour Chairissons-n❤️us!

IMG_4887Rive-Neuve. Quand la guérison n’est plus l’horizon. On y entre et on n’en sort en principe pas vivant. On y entre pour mourir dignement parce qu’il y a la vue panoramique et que les gens sont gentils. C’est ton troisième séjour. Toi, tu résistes. Ou tu es résiliente, c’est selon.

La cuisine y est raffinée. De toute façon, tu ne peux rien manger. Quels fils te tiennent en vie ? Des tubes. Des aiguilles. Des tuyaux. Des sacs. Ta chair se retire, tes organes t’abandonnent. Ta peau a les marques qui nous angoissaient quand on était jeune et qu’on lisait Les Nuits fauves. Ici, ce n’est que jour blanc. Lire la suite

« Entrechat » – pour Chairissons-n❤️us!

img_3290-2Cheri Cheri Lady, Going through a motion
Love is where you find it, Listen to your heart

Modern Talking, Cheri Cheri Lady

Emerger de la musique. Elle est concrète, audible, dansable, palpable, elle offre son cocon au corps qui se déplie, se délie à son contact. Toutes mes origines, toutes mes directions sont dans ma playlist. Les mouvements des mots et des corps, cela a toujours été pareil. On peut les explorer, les expérimenter, les apprendre, les travailler, les utiliser. Les aimer, les désaimer. Les tordre. Puis un jour, peut-être, en jouer, en jouir. Les faire jaillir. Les mots se lient, se répondent et s’entrechoquent comme les corps, c’est une question de chorégraphie. On aimerait donner corps aux mots et poétiser les corps avec la même ferveur. Lire la suite

« Chatoiements », dans Chairissons-n❤️us!

IMG_1965Pour la reprise de mon blog je suis ravie de pouvoir présenter le dernier ouvrage de Stéphanie Pahud, linguiste réputée, chercheuse rigoureuse et amie prodigieuse. Dans les récents articles et interviews qui lui ont été consacrés, elle explique son intention. Avec l’invention du mot « chairir »  et la création de son objet-livre, elle a voulu explorer « des pistes pour mettre de la bienveillance, de l’attention et du soin des vulnérabilités dans nos quotidiens, mais sans éliminer le corps. » Lire la suite

Jamie Cullum, l’homme qui jouait debout sur le piano

IMG_7869Jamie Cullum se produisait pour la cinquième fois en quatorze ans au Festival de Jazz de Montreux ce vendredi 13 juillet. J’ai eu la chance de le découvrir sur scène dès 2004 à la sortie de  Twentysomething. Cela a toujours été un moment de grâce. Bondissant sur son piano, utilisant ses touches et ses entrailles, c’était comme s’il communiquait plus de rythme, plus de musique que d’autres. Ce don, il ne l’a pas perdu. Lire la suite

« Sexo-Rallye », dans « 20 Histoires sea, sex & sun »

IMG_7469
Il fait chaud. Dans l’idée d’avoir encore plus chaud sous le soleil exactement, la Musardine vient de publier son dernier livre de la série Osez 20 Histoires. « Sea, sex & sun, chantait Gainsbourg à la fin des années 1970 dans une France insouciante et joyeuse. Portées par un vent de liberté qui a traversé les décennies, les notes de cette mélodie populaire imprègnent chaque page de ce nouveau recueil de la collection  » Osez 20 histoires « , dit la présentation de l’éditeur. Lire la suite