Émancipation durable

À l’aune des prises de parole de Judith Godrèche, j’ai revu Bimboland (1998). L’actrice est née à ma conscience cinématographique dans cette persona de Cécile Bussy/Brigitte. J’ignorais jusqu’à l’existence de ses films d’avant, appartenant à toute une époque de films français que j’ai toujours ressentis comme masturbatoires, lents, chiants. Je veux bien être détrompée.

Vu d’hier et d’aujourd’hui, Bimboland a assurément quelques « problèmes »: son titre débile, le traitement caricatural de l’ethnologie, l’affreux casting de Gérard Depardieu dans le rôle du directeur de thèse – n’est pas le Professeur Jean-Michel Adam qui veut. Mais cette comédie livre une version fascinante et libre de ce qu’était « être une jeune femme » en 1998 – avant même Paris Hilton et le bling Y2K – qui lutte et s’en sort la main haute et la fesse joyeuse face à une domination masculine faite d’aveuglement, de bêtise et de laideur. Entre les filiformes croqueuses de diamants et les gras amateurs de chair fraîche, comment être « belle, intelligente et désirante » sans être objectifiée et silenciée à des cases prêtées aux femmes est l’enjeu principal.

Judith Godrèche et Aure Atika, magnifiques et sorores, tournent en ridicule l’agresseur, le profiteur, le chirurgien esthétique. À la fin, « l’amour » est sauf, c’était convenu, c’est le genre. Qu’y a-t-il après? Bimboland n’a pas la prétention d’y répondre. Toujours est-il que c’est le #mostunderratedfilmever. Les critiques devaient être des hommes.

NB: pour les questions actuelles et essentielles, je renvoie à la série Icon of French Cinema (Arte) aux interviews de Judith Godrèche et aux analyses de Hélène Frappat.

Gaumont

La beauté et la vérité selon Clint

En recherche pour un nouveau sujet d’écriture, mon pygmalion personnel m’a signalé l’existence d’un film de Clint Eastwood pouvant m’éclairer. Il n’était plus sûr du titre, quelque chose avec « jardin » et « secret ». Pensant avoir trouvé avec « Minuit dans le jardin du bien et du mal » (1997), je me suis vite rendu compte que ce n’était pas ce que je cherchais : c’est l’histoire d’un journaliste (John Cusak) invité à Savannah couvrir la somptueuse fête de Noël d’un richissime amateur de beaux objets (Kevin Spacey). Au cours de la soirée, il tue son jeune amant rebelle (Jude Law) et il va s’agir du procès pour rétablir vérité dans un milieu où elle ne veut pas être vue. La nostalgie du Sud, le souci du détail des milieux et des intérieurs bon chic bon genre jusqu’au ridicule, qu’ils soient blancs ou noirs, contrastent avec les exclus et parias en tout genre qui occupent la ville, les parcs, les cimetières, l’espace du dehors. Lire la suite

Critique de film : M. et Mme Adelman

Monsieur-et-Madame-Adelman-la-critique.jpgOn savait que Nicolas Bedos était beau. Qu’il agaçait parfois. Mais il est surtout une incarnation du surdoué, capable de sentir et de syncrétiser en un film plusieurs décennies de la vie d’un couple et d’une époque, d’un couple dans ses époques, en y intégrant les visions multiples de l’écrivain ambitieux, de l’artiste maudit, de l’homme génial et ravagé, de l’homme à travers tous ses états, fils, amant, mari, père. Et de la femme. Lire la suite

Fifty Shades darker, les limites du côté obscur

Unknown-1.jpegLe deuxième volet de la trilogie Cinquante Nuances de Grey est au cinéma, associé à la Saint-Valentin comme il y a deux ans. Si l’on veut évoquer la littérature érotique, on ne peut passer à côté de ce monstre de l’édition, ce bestseller commencé comme une fanfiction de Twilight, bluette pour ados mettant déjà en scène une jeune fille et un garçon-vampire forcément différent, maudit, qu’elle seule pourra comprendre et aimer. Le fantasme de Fifty Shades est le même. Si dans le premier opus, il s’agissait d’introduire un univers, celui du BDSM, avec ses codes et son décorum présentés finalement d’une façon plus théâtrale que subversive, il ne devient plus qu’accessoires de luxe (lingerie haute couture, liens en cuir, barres en or et velours rouge) dans la suite. Le contrat dominant-soumise rompu, Anastasia peut s’émanciper. Ou pas. Lire la suite