« Un seul cœur aura battu en nous qu’on entendra encore, nous disparus, dans le mystère du monde. » – La correspondance d’Albert Camus et de Maria Casarès 1944-1959.

IMG_40801266 pages de lettres qui se terminent sur je recommencerai et dont on aimerait tellement poursuivre l’échange, voilà ce que représentent les quinze ans de correspondance entre le grand auteur Albert Camus et la grande tragédienne Maria Casarès. Succès éditorial fascinant, leurs lettres publiées en octobre 2017 et préfacées par Catherine Camus, fille d’Albert (« Leurs lettres font que la terre est plus vaste, l’espace plus lumineux, l’air plus léger, simplement parce qu’ils ont existé »), font rentrer le lecteur par effraction dans une intimité et son expression de haut vol.

S’il existe une œuvre qui répond à la question C’est quoi l’amour ?, c’est sans doute celle-là. Cependant cette masse de lettres n’existerait pas s’ils n’avaient pas vécu de longues séparations, souvent subies à cause de la maladie ou des contraintes domestiques, puis de plus en plus intégrées quasi volontairement à leur histoire. Il part en tournées de conférences ou se retire pour écrire tandis qu’elle développe sa carrière d’actrice et joue les grandes pièces du répertoire sur les scènes du monde entier. En 1957, ils sont au sommet de leur gloire respective, comme si l’énergie circulatoire de leur amour les avait aidés, animés à leur création propre, tout en leur permettant d’être au meilleur de leur être, à la fois ensemble et séparément.

Au début de leurs échanges, les textes d’Albert Camus sont clairement supérieurs, clairvoyants, concis, avec un sens percutant de la formule amoureuse. Maria Casarès est fougueuse, lyrique, parfois bavarde. Mais avec le temps, ses lettres gagnent en profondeur, en maturité, en force, sans rien perdre de leur fraîcheur. De sa situation difficile car illégitime de femme amoureuse, elle n’a pas fait une tragédie. Elle gardait celle-ci pour la scène. Dans la vie, elle semble avoir été dotée d’une grâce vitale particulière, d’un peu plus de vie que le commun des mortels. Elle n’est ainsi pas restée dans l’ombre masculine de Camus, s’est réalisée par elle-même tout en ayant toujours son soutien et la certitude de son amour. Son assurance est telle que même lorsqu’il ajoutera d’autres amours à sa liste, la jalousie n’est pas une option : J’ai compris pourquoi je ne suis pas jalouse ; c’est que j’ai une foi entière dans la qualité d’amour que tu as su m’inspirer. Difficile de trouver cela ailleurs.

Au fil du temps, leur amour semble toujours en expansion, s’agrandit et s’approfondit, fluctuant simultanément entre toutes les formes d’amour, que ce soit une attirance physique intense qui n’a jamais faibli ou ce qu’elle nommera une fraternité. Ils ont tous les deux une conscience aiguë de l’accomplissement de leur destinée et sont fidèles à l’engagement de leur cœur et de leur corps envers et avec tout.

A l’heure d’une transformation radicale des modes de communication amoureux, la lecture de ces lettres d’un autre temps bouleverse par leur témoignage vivace d’une résistance aux conventions, aux autres, à l’usure du temps et d’une harmonie entre deux êtres toujours mouvante, d’une union à chaque fois réinventée. Tu n’as pas partagé ma vie, tu es ma vie, lui écrit-il au bout de ce chemin.

Si l’on devait procéder à une vulgarisation de self-help book, voici ce qu’on peut retenir de cette correspondance :

Les clés d’un amour heureux ? Admiration. Gratitude. Et beaucoup, beaucoup de mots. Les clés d’une vie heureuse ? Amour. Travail. Amour du travail, amour de l’amour.
Et peut-être la volonté joyeuse de permanence dans une vie des êtres rares qui lui donnent du sens.

Pour en savoir plus sur les détails biographiques et éditoriaux de cette aventure :

http://www.lemonde.fr/m-perso/article/2018/02/09/lettres-a-l-aime-e-succes-d-edition_5254447_4497916.html

https://www.franceculture.fr/litterature/albert-camus-et-maria-casares-une-passion-en-archives

https://www.franceinter.fr/oeuvres/residente-privilegiee

http://next.liberation.fr/livres/2017/11/03/le-don-de-l-amour-correspondance-de-casares-et-camus_1607713

Extraits:

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