À l’aune des prises de parole de Judith Godrèche, j’ai revu Bimboland (1998). L’actrice est née à ma conscience cinématographique dans cette persona de Cécile Bussy/Brigitte. J’ignorais jusqu’à l’existence de ses films d’avant, appartenant à toute une époque de films français que j’ai toujours ressentis comme masturbatoires, lents, chiants. Je veux bien être détrompée.
Vu d’hier et d’aujourd’hui, Bimboland a assurément quelques « problèmes »: son titre débile, le traitement caricatural de l’ethnologie, l’affreux casting de Gérard Depardieu dans le rôle du directeur de thèse – n’est pas le Professeur Jean-Michel Adam qui veut. Mais cette comédie livre une version fascinante et libre de ce qu’était « être une jeune femme » en 1998 – avant même Paris Hilton et le bling Y2K – qui lutte et s’en sort la main haute et la fesse joyeuse face à une domination masculine faite d’aveuglement, de bêtise et de laideur. Entre les filiformes croqueuses de diamants et les gras amateurs de chair fraîche, comment être « belle, intelligente et désirante » sans être objectifiée et silenciée à des cases prêtées aux femmes est l’enjeu principal.
Judith Godrèche et Aure Atika, magnifiques et sorores, tournent en ridicule l’agresseur, le profiteur, le chirurgien esthétique. À la fin, « l’amour » est sauf, c’était convenu, c’est le genre. Qu’y a-t-il après? Bimboland n’a pas la prétention d’y répondre. Toujours est-il que c’est le #mostunderratedfilmever. Les critiques devaient être des hommes.
NB: pour les questions actuelles et essentielles, je renvoie à la série Icon of French Cinema (Arte) aux interviews de Judith Godrèche et aux analyses de Hélène Frappat.

Les livres qui nous arrivent entre les mains y sont généralement pour une raison. La biographie « Kaiser Karl », signée Raphaëlle Bacqué, est un cadeau paternel trouvé sous le sapin. Mon ascendance de ce côté est de Hambourg. Comme celle de KL. Il y a là des traits de caractère et une lignée éducative éprouvée. La distanciation d’avec l’Allemagne d’alors, le goût de la provocation, le déni de la faiblesse, cette faute de goût. L’attirance pour le beau, la culture française, la rapidité d’esprit – et le travail érigé en valeur absolue. « Je suis un calviniste attiré par le superficiel ». La capacité d’absorption de Karl Lagerfeld est à la hauteur de la discipline qu’il s’impose. Une explication de la longévité de son succès est de n’avoir jamais sombré dans la nostalgie d’anciens régimes et de gloires datées. « Je javellise mon passé ». Il possède au contraire une furieuse envie toujours renouvelée d’adaptation à l’air du temps. « Le changement est la façon la plus saine de survivre. »